LE PASSÉ RESURGI 27

Je l’imagine nouant son baluchon, plus désemparée que jamais dans le train qui la conduisait à Hanoi. Son amour était brisé, elle n’avait plus d’avenir sinon ce fœtus dans son ventre dont elle ne savait que faire! Reniée par son père, elle ne savait plus de quel côté se tourner lorsqu’elle se souvint d’une tante qui vivait dans la capitale. J’ai connu Ba Pho – c’était son nom – chez laquelle je vécus vers l’âge de cinq ans. C’était une femme qui avait vu de bien cruelles choses dans la vie et dont le cœur était devenu sec. D’un coup d’œil cette femme – qui avait mis au monde une Eurasienne sans père elle aussi – vit l’impasse dans laquelle sa nièce s’était fourvoyée. Sa maison était ouverte aux officiers français, le ventre de ma mère était encore plat; elle estimait qu’il n’y avait pas de temps à perdre et qu’il fallait lui trouver sans tarder un protecteur.

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Ma mère était toujours aussi belle. Un autre officier, ému de tant de grâce fragile, accepta de la garder bien qu’elle Portât l’enfant d’un autre. Elle ne l’aimait pas – son cœur était déjà pris – mais elle le vénérait. Elle admirait la générosité du second sans mettre en doute les qualités du premier qui, pourtant, l’avait bel et bien abandonnée.

Aujourd’hui qu’elle est devenue une vieille femme et que son cœur s’est vidé de toute émotion excessive, il me semble que sa plume continue à trembler lorsqu’elle écrit «qu’il a été notre bienfaiteur à toutes les deux».

Elle ne parle pas de ma naissance. Je ne sais si l’homme qui avait bien voulu d’elle était ou non à ses côtés lorsque je vins au monde. J’imagine qu’il ne manifesta aucun intérêt pour cet enfant qui n’était pas le sien. Sans doute en souffrit-elle, bien qu’elle dût estimer que c’était déjà une sorte de bonheur de n’avoir pas à subir du mépris de sa part. De toute façon, dans la situation où elle se trouvait, elle ne pouvait se permettre aucune exigence.
L’année suivante, elle accoucha d’un garçon qui, cette fois, était un enfant légitime. L’homme la traitait avec respect, elle pouvait enfin tenir la tête haute, du moins dans le milieu de sa tante, car dans celui des Vietnamiens – c’est-à-dire sa famille et ses connaissances d’autrefois – on continuait à la considérer comme une «fille perdue». Qu’importe ! Le présent du moins était sans nuages, quant à l’avenir, elle évitait d’y penser.

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