LE RETOUR 20

Cai-Be

Du lit où elle est couchée, elle est repue de l’image retrouvée de ses quatre filles, satisfaite comme l’oiseau devant le nid où pépie sa portée d’oisillons.
Je l’emmène à My Tho, l’une des villes de plantations fruitières du delta.
– Il y a bien longtemps que je ne suis allée nulle part, murmure-t-elle comme pour elle-même.
Je devine que c’est depuis la «libération», depuis que la vie est devenue difficile au point que tous les efforts convergent vers un seul but : gagner son bol de riz quoti¬dien. Avec quel argent aurait-elle voyagé?

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Je sais que cette promenade est un luxe. Elle le sait également, elle en est contente, elle me sourit. Encore une fois je suis émerveillée par son sourire. C’est un éclat de jeunesse qui irradie sa figure de très vieille femme, c’est un miracle de lumière et de fraîcheur. Elle est une autre personne quand elle sourit. Le sourire éclaire son visage comme une aurore, révélant dans un mélange étonnant l’innocence de l’enfant et la coquetterie de la femme.
Nous sommes sorties de Saigon en auto mais il faut ensuite traverser le fleuve. Le Mékong est large, impé¬tueux; les eaux rougies de limon roulent avec force. D’une rive à l’autre passent les bateaux à moteur construits en bois et peints de couleurs vives, des sampans de pêcheurs où rament de concert le père et l’enfant, parfois le mari et la femme, et, bien entendu, le bac qui transporte les voya¬geurs, le même depuis toujours.

Le Mékong se dit en vietnamien Cuu-Long, les «Neuf Dragons», sans doute à cause des nombreux estuaires de son delta. Des villages sillonnent ses rives. Ils regroupent en général une dizaine de maisons entourées de multiples vergers. On y varie les espèces afin d’avoir des fruits à vendre toute l’année. Ce sont des longaniers, des pample- moussiers, des manguiers, des bananiers, des orangers… et bien d’autres sortes d’arbres.

Cai-Be
La dernière fois que j’ai traversé le Mékong remonte au temps où j’étais encore étudiante à la faculté de pédagogie. C’était notre dernière année scolaire avant le concours de sortie et toute la promotion avait été invitée par une élève de la classe dont la famille habitait à My Tho. Bien entendu, il y avait parmi eux Ho, celui qui me poursuivait de ses assiduités. Ce jour-là, nous attendions le bac de midi, comme aujourd’hui… Le lendemain, j’étais revenue à la maison chargée d’au moins vingt kilos de fruits.
– Je suis déjà venue ici une fois, tu te souviens des fruits que je vous avais rapportés?
Ma mère hoche la tête :
– Nous avions dû en offrir aux voisins tellement il y en avait !
-Toute la classe était là, y compris Ho, le garçon qui me courtisait et que tu as rencontré à l’aéroport, en 1960, le jour de mon départ.
-Je m’en souviens. Qu’est-il devenu? demande ma mère d’un ton léger, comme si c’était par pure politesse.
– Je l’ignore. Je ne l’ai plus jamais revu.
Ma mère garde le silence un long moment avant d’ajouter :
– Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais il a commis la pire des bassesses. Il a écrit à ton père en menaçant de le dénoncer à la police pour avoir faussement déclaré que tu étais sa fille. Il disait qu’il avait découvert que tu n’étais qu’une vulgaire métisse sans père.

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