LE RETOUR 22

Des gosses qui ressemblent à l’enfant que j’étais – maigres, noirauds et loqueteux – me suivent par grappes. Ils me regardent avec curiosité, surpris de m’entendre parler la langue du pays.
– Elle parle vietnamien ! chuchotent-ils les uns aux autres en me dévorant des yeux.
Les adultes, très dignes, les chassent :
– Ne soyez pas mal élevés, ne dévisagez pas les gens comme ça. Allez-vous-en.
Les enfants se dispersent. Je parie qu’ils sont partis chaparder quelques fruits comme je l’ai fait avant eux car ils doivent avoir l’estomac creux. Je me promène dans le verger, je cueille en passant une grappe de fruits, me voici redevenue enfant tout comme ceux-ci qui continuent à me guetter derrière les troncs d’arbres. Ils m’observent tandis que leurs yeux brillent de malice. Je leur souris et tout à coup je ressens l’impérieuse envie de courir vers eux, de me joindre à leur groupe et de nous cacher ensemble dans quelque endroit isolé pour se partager le butin, cette grappe que je tiens à la main.

Voir plus: Aller à Angkor depuis Ho Chi Minh | circuit vietnam cambodge 3 semaines | circuit 7 jours nord vietnam | Nuit baie halong 2 jours |obtenir visa vietnam
Le temps qui me sépare de ce lointain passé se trouve en un instant comme aboli. Je redeviens la petite fille maigri¬chonne de ces années reculées.
Je m’avance vers les enfants dissimulés derrière les arbres à quelques pas de moi – bande de chiens qu’on a chassés et qui se sont rapprochés imperceptiblement – et je leur tends ma grappe de fruits. Mais ils se sauvent en riant.
Pendant ma promenade, ma mère reste se reposer à l’ombre. En me voyant venir elle laisse échapper un soupir heureux :
– Ça fait du bien de changer d’air!
Je lui souris. Elle est aussi fragile qu’une poupée. Je lui prends la main comme si c’était moi la mère et elle mon enfant :
– Profites-en, mère, profite un peu de la vie.
– Je suis heureuse que tu sois là. Il y a bien longtemps que je n’ai plus parlé à quelqu’un. Bien sûr, il y a tes sœurs, mais elles trouvent que je radote.
Et elle me raconte comment les enfants du premier lit ont été cruels avec elle, comment, Tu, le fils de son mari qu’elle a élevé, marié et installé dans une maison achetée avec son propre argent, avait dressé son père contre elle.
– Il disait à son père : Elle t’a ensorcelé, c’est pourquoi tu nous as délaissés, nous, tes propres enfants. Chasse-la de la maison et nous reviendrons.
Elle était sortie pour ne plus entendre ses paroles blessantes. Découragée, elle avait proposé à mon parâtre de vendre la maison où ils habitaient, de se partager l’argent et de se séparer, lui allant vivre avec ses enfants, elle avec les siens. Elle avait alors soixante-dix ans, cela faisait cinquante ans qu’ils vivaient ensemble.
– Il était très influencé par son fils mais il a refusé la séparation, non pas parce qu’il m’était attaché mais parce qu’il savait que jamais ses enfants ne le soigneraient comme je l’aurais fait.

Für mehr Infos: Halong bay trip

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

Powered by WordPress