LE RETOUR 24

Devant l’impasse, les marchands qui m’ont dévisagée les premiers jours lèvent à peine la tête à mon passage. Ils savent qui je suis, d’où je viens et dans quelle maison je vais pénétrer. Leur curiosité est satisfaite.
Aujourd’hui, fait étrange, je ne reconnais pas la route habituelle. J’en fais la remarque au chauffeur qui s’excuse en m’expliquant qu’il s’est trompé de chemin.

– Ce n’est pas grave. Cela me fera visiter des quartiers que je ne connais pas.
L’auto traverse des rues bruyantes au trafic intense. Des vélos, des Vespa, des Honda occupent entièrement la chaussée; de tous côtés on entend le vacarme que font les sonnettes, les klaxons, les pétarades… Certaines Vespa transportent jusqu’à cinq personnes : le père au guidon, la mère tout à l’extrémité du porte-bagages et les trois enfants assis en sandwich entre les deux. Tous ces véhicules roulent sans aucun respect du code de la route, se faufilant là où ils peuvent.
Sur ma droite je vois un marché couvert où il y a beau¬coup de monde. J’éprouve, en le voyant, une impression de déjà-vu. Il me rappelle quelque chose mais je n’arrive pas à savoir quoi. J’en suis encore à m’interroger sur la raison qui me rend ce marché si familier quand mon regard rencontre une église. Cette fois, il n’y a pas de doute, c’est bien l’église dans laquelle s’était déroulée la cérémonie de ma confirmation. Cette confirmation était l’idée de sœur Aimée qui voulait profiter de la circonstance pour trouver une marraine susceptible de financer la suite de mes études secondaires au couvent des Oiseaux. Elle est attenante à l’école des sœurs où j’étais pensionnaire. Si ma mémoire n’est pas défaillante, le bâtiment voisin doit être mon ancienne école. Mais je peux me tromper, toutes les églises se ressemblent.

Le chauffeur interrogé me confirme que nous sommes à Tân Dinh. C’est donc bien l’endroit où j’ai fait mes études. Je n’en crois pas mes yeux. Comme le hasard fait parfois bien les choses ! Je fais arrêter la voiture et descends pour revoir les lieux où j’ai vécu jadis. Devant le portail, il y a une table derrière laquelle se tient un employé. Je pénètre dans la cour : pas l’ombre d’une religieuse, rien que des fonc-tionnaires indifférents. Les allées de gravier ont disparu, mais à part ce détail tout est resté intact.
Devant moi le parloir surplombé par le buste d’un Sacré- Cœur en stuc est toujours là, seulement noirci par le temps. Aujourd’hui on l’a condamné en installant une barrière de bois devant la porte. À quoi bon un parloir quand il n’y a plus de pensionnaires? À droite, là où se trouvaient les salles de classe, une école maternelle d’État abrite quelques dizaines de bambins. Je regarde, de loin, celle où j’avais étudié pendant quatre ans et dont la porte est restée ouverte. Je voudrais savoir si elle a changé, si je retrouverai le banc où j’étais assise. Je m’avance mais une femme m’arrête : il est interdit aux étrangers d’y pénétrer. J’explique que je ne suis pas tout à fait une étrangère à cette école, que j’y ai fait mes études il y a bien longtemps… La femme ne m’écoute pas, elle n’y peut rien, c’est la consigne, me dit-elle.

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