LE RETOUR 28

Da-Lat-Vietnam

Ce fil d’Ariane que m’a tendu sœur Aimée, je l’ai saisi. Ma mère, consciente de l’irrésistible besoin qui me pressait à la recherche du temps passé, a finalement accepté que je suive le labyrinthe jusqu’à Dalat ou plutôt jusqu’à son cœur : le couvent des Oiseaux. De la ville, je ne connais¬sais que peu de chose en ce temps-là : le lycée Yersin – un établissement rival dont l’unique intérêt était de stimuler notre ardeur au travail afin de le surpasser dans les pourcentages de réussite au baccalauréat -, le lac et le marché où nous n’allions presque jamais. Pour moi comme pour la plupart des pensionnaires, hormis ces quelques lieux, Dalat se limitait au couvent des Oiseaux.

Les rizières disparaissent où commencent les bois de pins et de sapins : nous sommes en région montagneuse. On quitte la touffeur de Saigon comme si l’on ôtait un vêtement. La fraîcheur vous pénètre en même temps que s’allège la moiteur de la plaine cochinchinoise.

Comme autrefois, je ressens une sorte d’allégresse physique, j’ai la sensation de plonger dans une eau glacée après un bain de vapeur. Et j’ai hâte de retrouver ce qui était pour moi l’endroit le plus merveilleux de Dalat : le couvent des Oiseaux.
La route qui monte du centre de la ville à ce lieu haut perché était assez raide et les maisons les plus proches se trouvaient alors loin en contrebas, si bien que le couvent prenait des allures de manoir mystérieux et imprenable. Aujourd’hui, de nouvelles constructions – modestes et assez laides dans l’ensemble – s’avancent jusqu’à la lisière du parc qu’elles encerclent comme une armée ennemie.

Mais une fois la grille franchie, le chemin qui mène au bâtiment central est encore semblable à ce qu’il était : une petite allée tranquille parmi les pins, et l’on retrouve d’un coup l’atmosphère calme et silencieuse d’autrefois. Quatre piliers soutiennent un auvent au fond duquel se trouve la lourde porte de bois, celle que nous ne franchissions que deux fois par an, la première pour y entrer et la seconde pour en ressortir au moment des vacances. Au fronton, les inscriptions à demi effacées par les intempéries permettent encore de déchiffrer le nom de baptême donné à l’institution : «Notre-Dame du Lang Biang».

Da-Lat-Vietnam

Tout est désert. Aucun bruit, aucune voix humaine, rien n’indique un lieu habité. Il se dégage de l’ensemble un air de désolation et de solitude. Je ne sais comment y pénétrer. Un chien solitaire me suit tandis que j’emprunte un chemin de traverse. Quelque part, un oiseau se met à chanter comme le rappel d’un passé enseveli.
Je force un grillage, pénètre dans ce qui fut un jardin jadis et qui est maintenant un terrain bouleversé par des bara¬quements de bois sommairement construits. Disséminés dans le parc, ils lui confèrent un aspect de camp de réfugiés.
Une bande de canards passe. Près d’une grande citerne en ciment, deux jeunes filles se lavent les cheveux dans des cuvettes de fer émaillé. J’apprends que le couvent est devenu une université d’Etat.
« Il n’y a personne, ce sont les grandes vacances, disent- elles. Mais nous, on préfère rester. Pourquoi aller vivre dans la mousson quand il fait si bon à cette altitude?»

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