LE RETOUR 29

Elles se dirigent vers les sous-sols qui servaient de buanderies du temps où j’étais pensionnaire et qui sont devenus, selon toute apparence, le dortoir des étudiantes. Là où se trouvaient les classes, la peinture s’est écaillée par plaques et une mousse verte et humide court le long des murs. On a recouvert les galeries de plaques de tôle. Au pied de l’escalier qui conduit dans une cour jadis parsemée de fleurs grimpantes et de bouquets de fougères, je vois se dérouler des pieds de courges, puis, un peu plus loin, des plants de tomates… On dirait qu’une main a semé au hasard, laissant les graines pousser comme elles peuvent.

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La galerie qui conduit à la chapelle est condamnée. A travers un grillage rouillé, posé pour en interdire l’accès, les marches sont jonchées de déchets et de paille où viennent pondre quelques poules. Dans les salles à l’abandon, les araignées ont tissé leurs toiles. Rien n’est entretenu depuis des lustres. Cela ne ressemble ni à une ferme ni à une université. Ce n’est plus le couvent des Oiseaux.

Où sont passés la beauté, le calme, le luxe que j’ai connus et tant admirés ? Ce lieu qui fut pour moi un univers magique, hors du monde, hors de la vie ordinaire, où tout était élevé, noble, je l’avais cru immuable. Son harmonie avait telle¬ment impressionné mon âme d’adolescente que j’éprouvais, lorsque je retournais chez moi, le sentiment d’une chute. J’avais l’impression de quitter le paradis pour un exil terrestre.

Maintenant, il n’en reste qu’une bâtisse lépreuse envahie par la mousse, un parc défiguré, refuge des chiens errants et des poules égarées. Et, par-dessus cela, un silence de mort, une absence aussi perceptible que l’empreinte d’un pied sur le sable mouillé, une désolation immobile. Ce n’est qu’au moment où mon regard quitte la terre pour se porter vers le ciel que je retrouve le pur dessin de la cime des pins, la légèreté de la brise qui les agite en même temps que le bonheur que j’avais éprouvé à les contempler.
Je quitte ce lieu avec le sentiment d’avoir à jamais perdu quelque chose de précieux.
Devant la sortie, une gargote propose du thé et quelques gâteaux. Deux femmes s’y tiennent accroupies, une petite fille joue à leurs côtés.
-Vous venez de l’étranger? m’interpelle l’une d’elles.
– Oui, de France.
– Vous avez de la chance !
Elles ont la quarantaine environ, un beau visage et une expression désabusée.
– J’ai été pensionnaire dans cette école, dis-je pour lier conversation. Vous connaissez le couvent des Oiseaux?
La plus jeune sourit sans joie.
-Et comment! Moi aussi, j’y ai été pensionnaire. En 1967. Maintenant, regardez ce que je suis devenue. Je reste assise ici toute la journée et ce que je vends me permet à peine de subvenir à mes besoins. Vous êtes partie en quelle année ?
– 1960.
– Comme vous avez eu raison. Vous ne mesurez pas la chance que vous avez.
– La vie est donc si difficile ici?
Elle éclate d’un rire métallique.
-J’ose vous affirmer que quand je mourrai, j’irai tout droit au paradis, car l’enfer, je l’ai déjà vécu ici-bas !
Personne ne dit plus rien.

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