LE RETOUR 30

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Je caresse les cheveux de la petite fille, je repense à une vieille femme croisée sur le pont qui enjambe la rivière des Parfums à Huê. Elle aussi m’a dit la chance que j’avais de vivre ailleurs. «C’est un exploit que de survivre dans ce pays!» a-t-elle ajouté tandis que, quelque part, une radio diffusait la fameuse complainte de la rivière des Parfums :
Je suis belle et aimable
Je m’appelle rivière des Parfums.
La nuit, lorsque la lune se mire dans mes eaux,
J’agite le courant pour briser son image et je pleure.
Car mon pays est très pauvre, le savez-vous ?
L’hiver nous surprend sans vêtements, l’été nous laisse sans
[nourriture.
Et tous les ans le Ciel nous fait subir sa grande inondation…
La complainte continue à tourbillonner dans ma tête tandis que je redescends en ville. Il pleut et le paysage noyé de gris est imprégné de tristesse.
Près du marché, je retrouve la station de taxis collectifs que j’ai maintes fois utilisés pour me rendre de Dalat à Saigon. Il y régnait alors une activité fiévreuse et une foule bruyante s’interpellait, se disputait… Aujourd’hui l’endroit est morne, un unique taxi attend d’hypothétiques clients. Il faut de l’argent pour voyager et l’argent est rare partout.
Sur le trottoir, deux chômeurs se tiennent assis, l’air absent. Je regarde le lac dont la surface renvoie le gris du ciel et les pédalos qui attendent qu’on les utilise, tandis que la nostalgie me gagne comme une maladie pernicieuse.
Je me suis sauvée de Dalat sans chercher à me retourner, en regrettant presque d’y être revenue. Ce passé-là est bien mort.

Ma surprenante rencontre avec sœur Aimée m’a profondément ébranlée. C’est comme une vertigineuse chute intérieure. Maintenant, je ne peux faire autrement que de continuer ma descente, de plus en plus profondément dans le passé.
J’entamais ma classe de cinquième quand j’avais échoué dans l’école deTân Dinh où sœur Aimée, la plus compé¬tente des religieuses, enseignait toutes les matières, excepté les mathématiques et les sciences. En ce temps-là, mes parents étaient de fervents bouddhistes, ce qui ne les empêchait pas de croire à l’efficacité d’une institution catholique, particulièrement lorsqu’il s’agissait de l’éducation morale des jeunes filles.

Et j’avais bien besoin qu’on me mette dans le droit chemin. Ma mère venait de brandir au nez du proviseur sa menace de traîner en justice le maître de musique, coupable de « détour¬nement de mineure». J’avais quatorze ans, il en avait trente- quatre. Cela se passait dans un lycée mixte de Nha Trang.

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Le scandale ne m’avait pas épargnée et mes parents pensaient qu’il était préférable que je me fasse oublier. Ils espéraient qu’après plusieurs années de pension la rumeur s’éteindrait d’elle-même. Je pourrais ainsi revenir parée d’une vertu toute neuve.

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