LE RETOUR 31

Nha-Trang-Vietnam2

Revoir NhaTrang devient alors une impérieuse nécessité. Je veux, tel Orphée, descendre dans le royaume ténébreux de mes amours adolescentes, avec l’espoir insensé de retrouver celui que les circonstances m’avaient forcée à quitter sans adieux. Je ne pense pas aux quarante années qui séparent ce jour-là d’aujourd’hui. Certains souvenirs ne vieillissent pas et j’imagine le revoir tel qu’autrefois, comme si moi-même j’étais restée cette enfant aux yeux rêveurs que m’a montrée ma sœur sur une photographie de cette époque.

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Nha Trang, c’est le lieu où s’étaient déroulées mes expé¬riences les plus importantes. Ma famille y avait vécu à plusieurs reprises et à des intervalles plus ou moins réguliers. Mon parâtre retournait à Nha Trang chaque fois que les caprices de la fortune le jetaient brutalement de la richesse au dénuement.

En 1948, nous y avions débarqué sans autres biens que quelques baluchons, après avoir traversé clandestinement la mer sur un bateau de pêcheurs pour fuir la guerre qui sévissait entre Français et Viêt-minh. Nous y étions revenus en 1951, toujours sans le sou, mais enrichis d’une nouvelle bouche à nourrir, ma sœur Oanh, née entre-temps.

Toutes ces allées et venues avaient fait que, dans mon souvenir, Nha Trang n’était pas une ville mais une succes¬sion de villes car, tandis que je grandissais, mon regard la voyait d’une manière différente à chaque retour.
La première fois que nous avions mis les pieds à Nha Trang, je n’étais encore qu’une gamine. La guerre entre Français et Viêt-minh battait son plein, tous les soirs il y avait le couvre-feu. La nuit, des résistants s’infiltraient en ville, réveillant la population et l’exhortant à rallier les parti¬sans. Le jour, des bombardiers français lâchaient des tonnes de feu sur Tuy Hoa, situé à moins de cent kilomètres.

Les affaires marchaient mal, mon parâtre se retrouva au chômage, nous avions à peine de quoi manger. Il dut partir chercher du travail à Saigon. En tant que fille aînée, je faisais ce que je pouvais pour venir en aide à la famille : aller ramasser du bois mort, rendre des services aux voisins contre quelques sous ou partir très tôt dans la montagne afin de cueillir des fleurs que j’allais vendre au marché… C’est à cette époque que, poussée par la nécessité, ma mère s’était fait embaucher comme cuisinière à l’Institut océanographique.

Mais la période la plus importante de ma vie à Nha Trang se situait dans les années cinquante, lorsque, quit¬tant Saigon, mes parents s’y étaient installés pour une plus longue période. J’étais sortie de l’enfance, j’y avais eu un premier amoureux, platonique certes, mais qui m’avait fait pressentir que j’entrais dans une nouvelle phase de ma vie. J’avais mué, abandonné ma peau de gosse en chemin. La nouvelle me plaisait, je la trouvais plus belle, plus attirante.

C’est également dans cette ville que je vécus des événe¬ments dont le souvenir est impérissable. Après Saigon où est installée actuellement ma famille, c’est à mes yeux l’endroit le plus chargé de symboles. Aussi je ne saurais quitter le Vietnam sans avoir revu Nha Trang.

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