LE RETOUR 32

Nha-Trang-bateau

Il aurait fallu, pour que tout fut comme autrefois, que je fasse le trajet en chemin de fer. Mais le train aurait mis plusieurs jours et je ne disposais que de peu de temps. Je dus me contenter de voyager en automobile. Le paysage qu’offre la route n’est pas le même que celui qui longe la voie ferrée. Au lieu de l’océan aux eaux vertes mes yeux ne rencontrent que des pieds de riz fraîchement fauchés. Ce décor ne me rappelant rien, j’attends avec impatience le moment où nous allons pénétrer dans la ville.

Je veux tout d’abord revoir la gare de Nha Trang. Je ne compte plus les fois où j’ai inventé quelque amie à accom¬pagner au train de 5 heures du matin pour être autori¬sée à sortir de chez moi et courir vers mes rendez-vous. Aujourd’hui, les rues que nous traversons pour y arriver me der alternativement le trottoir de droite puis celui de gauche. Les habitants intrigués me suivent du regard. Le spectacle d’une femme habillée à l’européenne marchant sous ce soleil de feu a, certes, un caractère insolite. Bientôt un petit groupe de curieux m’escorte sans que j’aie rien demandé.
-Vous cherchez quelqu’un de votre famille? me demande l’un d’eux.

Depuis que le pays s’est un peu ouvert au tourisme, on est accoutumé à voir des Vietnamiens de la diaspora rôder sur les lieux où ils ont vécu autrefois. Je m’explique mais personne ne voit de quoi je parle. 1950 est une époque trop lointaine pour qu’on s’en souvienne.

Nha-Trang-bateau

Mon point de repère, c’est la véranda. Or je n’en vois aucune. Cependant je me souviens que nous habitions au tout début de la rue, à quelques maisons de l’endroit où elle croise l’artère principale. Il me suffisait de les visiter, du moins de la première à la cinquième maison, pour retrou¬ver la mienne. Malheureusement elles sont toutes habitées. Je m’arme de culot, entre dans la première maison, me présente ; je dis pour la énième fois que j’habitais il y a très longtemps dans cette rue, dans l’une de ces maisons, mais que je n’arrive plus à l’identifier, trop de choses ont changé depuis… On m’accueille gentiment, on me fait entrer.
La pièce me paraît trop exiguë en comparaison de celle que j’ai connue. Mais la fenêtre donnant sur l’impasse existe bel et bien. Cette année-là, je dormais sur le divan placé au-dessous de cette fenêtre et le parfum du jasmin se glissait jusque dans mes rêves. Aujourd’hui le pied de jasmin a disparu lui aussi. Je ne sais plus si c’est vraiment dans ce lieu que j’ai vécu. Je tourne en rond dans la pièce, je veux revoir le jardin mais on me dit qu’il n’y en a pas. Pourtant je suis certaine que notre maison se prolongeait par une cour suivie d’un jardin qui donnait dans la rue opposée. Nous pouvions emprunter aussi bien la porte principale que celle du jardin et c’était toujours par cette dernière que je me faufilais lorsque je me rendais à l’école en cachette de mon parâtre.
Tandis que j’évoque ces moments clandestins, mes hôtes me regardent d’un air qui semble me témoigner toute leur sympathie impuissante. Le mieux serait de les remercier et de m’en aller mais, après la gare, je ne peux me résoudre à un nouvel échec. Je reste plantée là tout en essayant de retrouver un détail qui pourrait me mettre sur la voie.
– N’y avait-il pas un puits ici autrefois ?
– Il y en a un mais il est chez le voisin.

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