LE RETOUR 35

Nha-Trang-Romy et Coffee Bar

Le cinéma Alhambra est un de ces lieux. C’était à l’époque l’unique cinéma de la ville. L’indicatif musical qui précédait la séance était toujours le même, je l’ai entendu des milliers de fois si bien que je peux encore le fredonner aujourd’hui. UAlhambra était le centre mondain de Nha Trang. On s’y rendait en famille aux séances du dimanche après-midi, les riches s’installant au balcon, les moins riches à l’orchestre. L’essentiel était de se faire voir. Les catholiques avaient l’église pour cet usage, ceux qui ne l’étaient pas venaient à Y Alhambra. D’un fauteuil à l’autre on se saluait, les jeunes gens profitaient de l’occasion pour regarder de plus près les filles que des parents tenaient trop souvent cachées à l’intérieur des maisons.

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Pour tout le monde, le moment le plus intéressant n’était pas la projection du film qu’on regardait distraitement tout en bavardant, mais celui qui le précède, quand la salle était encore éclairée. Le directeur le savait bien qui le prolongeait le plus longtemps possible.

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Nous les plus jeunes, nous allions au cinéma les mercredis, à la séance de 16h30, juste après la sieste. À cette heure-là, compte tenu du public que nous formions, on projetait exclusivement des films comiques qu’on considé¬rait comme des œuvres sans valeur puisqu’elles faisaient rire. C’est à cette époque que j’avais vu presque tous les films de Laurel et Hardy, ceux tournés avec Jerry Lewis et, bien entendu, ceux de Charlie Chaplin.

Nous nous reracontions certains épisodes dans la cour de récréation, parfois pendant les classes, des épisodes que nous connaissions par cœur pour les avoir revus deux ou trois fois. Cela ne nous gênait nullement de revoir le même film plusieurs fois de suite. Et les situations drôles, bien que répétées, nous faisaient toujours autant rire.

Le soir, il y avait un autre public. On y projetait des films américains avec Dorothy Lamour ou Esther Williams, avec Robert Taylor ou James Stewart… Je me souviens d’avoir invité ma famille à un film soviétique nommé Sadko. J’avais reçu mon premier salaire au couvent des Oiseaux et, à l’occasion du cinquième anniversaire de ma sœur Oanh, j’avais voulu fêter l’événement à la manière européenne, car au Vietnam, c’est au jour du nouvel an, le Têt, que chacun vieillit d’un an ; on ne fête pas l’anniversaire du jour de la naissance.

Mais la raison qui me pousse à rechercher cette ancienne salle réside dans le fait qu’il fut le lieu de mon premier rendez-vous d’amour. Encore une fois, c’est un homme âgé qui me renseigne et me fournit le nouveau nom de YAlhambra.

Lorsque le pédaleur du cyclo qui me transporte pénètre dans la ruelle, je reconnais immédiatement «mon cinéma». J’ai longtemps erré, sans but, dans cette rue à la sortie du film autrefois, le cœur encore palpitant du premier baiser reçu. Le cinéma est demeuré tel qu’il était, en plus délabré. Les anciens portraits de vedettes sont toujours là, couverts de chiures de mouches. On projetait un film français, un film comique, et par conséquent il y avait beaucoup de monde. Je prends une place au balcon, comme jadis. Le double escalier qui y conduit est monumental mais parsemé de papiers sales et d’épluchures de fruits. Je ne me souve¬nais pas qu’il y avait autant de marches.
Le film ayant déjà commencé, la salle est plongée dans l’obscurité.

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