LE TOURNANT 4

J’inscrivis ma sœur au lycée du quartier.
La rentrée fut un grand jour pour elle comme pour moi. J’avais le trac. Je n’avais aucune expérience des classes mixtes. Je n’avais enseigné qu’au couvent des Oiseaux, à des jeunes filles sages dont je connaissais la psychologie et les réactions. Comment allais-je m’y prendre avec des garçons de terminale ?

Le proviseur m’accompagna jusqu’à la salle de cours, me présenta élogieusement aux élèves. Pendant son discours, j’observai ces grands adolescents dont certains me paraissaient bien âgés. J’éprouvai une sorte de panique lorsque le proviseur quitta la salle. Les élèves, toujours debout, atten¬daient mes ordres.
K – Asseyez-vous.
Ma voix me semblait enrouée. Prenant un masque sévère, je dis froidement :
– Sortez vos cahiers. Voici la liste des livres que vous devez acheter pour l’année.

Je m’exprimai naturellement en français, comme tout Professeur qui se respecte. La perfection de mon accent, trait qui m’avait valu les éloges du proviseur, parut éminemment comique à mes élèves. Habitués aux enseignants qui avaient gardé leur accent vietnamien, ils me considéraient avec effarement, comme s’ils s’étaient trouvés devant une étrangère, une véritable Française en somme.
~ Cela semble vous surprendre, mais c’est ainsi qu’on Parle le français, ajoutai-je.
J inscrivis ensuite au tableau les vers de Rimbaud :
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal1…
obligeant mes élèves à les lire de manière correcte. Aucun n’y parvenait, je prenais ma revanche. J’étais encore à m’interroger sur la méthode à employer quand des cris stridents de singes rompirent brutalement le silence. Je sursautai. Des rires fusèrent.

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– Les fenêtres donnent sur la cage des singes du zoo, mademoiselle !
Gardant à grand-peine mon sérieux, je notai au tableau la totalité du poème.
– Recopiez ceci et exercez-vous à le lire convenablement pour le prochain cours. Je noterai.
La sonnerie tinta, l’heure était passée.
Ma sœur rentra de son cours ravie. Elle était contente du lycée, de la liberté que je lui accordais. Elle aimait Saigon, le bruit, la vie grouillante, si différents de la léthargie provin¬ciale qu’elle avait connue.
Jamais nous ne nous étions senties si proches l’une de l’autre. Je voulais instaurer avec elle des rapports nouveaux. À l’instar de la famille de Dô – dont j’avais autrefois admiré les pratiques de confiance -, je lui déclarai :
– Je suis ta sœur aînée et j’ai autorité sur toi comme tu le sais. Mais tu es grande maintenant. Alors, je voudrais tout partager avec toi. Mon salaire est de sept cents piastres par mois. Je dois en prélever deux cents pour rembourser notre oncle à Cholon. Je rangerai le reste dans ce tiroir. Sers-toi, tu n’as pas besoin de me demander la permission. Mais sache que c’est tout ce que nous avons pour le mois.

Ma sœur demeura bouche bée.
Après une douche, je traversai le jardin en direction de batisse centrale où m’attendaient les enfants dont j’avais K charge-
_ Bien, qu’avez-vous à faire pour demain? Montrez-moi votre emploi du temps.

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