SAIGON

J’obtins ma propédeutique à Saigon. Mes anciennes camarades, celles qui m’avaient appréciée, m’invitaient chez elles et me présentaient aux amies de leurs parents, surtout à celles qui cherchaient une répétitrice pour leurs enfants. J’eus plusieurs propositions de travail que j’acceptai sans hésiter. Bientôt mon emploi du temps fut si chargé que je dus en refuser. Au tarif de cent piastres de l’heure, je gagnais largement ma vie. Il ne me restait qu’à trouver un logement convenable.

Il n’y avait alors qu’un unique foyer destiné à loger des étudiantes. La directrice, que j’avais sollicitée, me déclara tout de suite qu’aucune place n’était disponible. Je lui avouai que je ne savais pas où aller car je n’avais aucune famille à Saigon. Devant mon air perdu elle consentit à me garder pendant les vacances.
– Nous verrons à la rentrée si nous pouvons vous inscrire’ ici. Néanmoins le fait d’être déjà sur place vous offre une chance supplémentaire.
J’avais envie de lui sauter au cou tant j’étais heureuse. La vie était belle. Dehors il avait plu et l’air était encore humide de fraîcheur. Je marchais devant moi, sans but, riant tout haut. J’avais résolu le problème du travail et de l’hébergement en l’espace d’une semaine, sans difficulté.
Les choses venaient à moi d’elles-mêmes. Dans la rue, un jeune homme me barra la route. Il souriait timidement :
– Bonjour, mademoiselle.
En d’autres circonstances j’aurais rebroussé chemin, fâchée. Mais aujourd’hui mon humeur m’inclinait à la gaieté. Le jeune homme s’enhardit :
-Vous ne vous souvenez pas de moi? Nous étions voisins à l’écrit de propédeutique. Mes félicitations pour votre réussite. Je suppose que vous allez retourner à Tuy Hoa pour les vacances?
Il parlait très vite, comme quelqu’un qui récite à toute allure une leçon apprise, par crainte d’un trou de mémoire.
– Comment savez-vous que j’habite Tuy Hoa?
Il traçait un dessin compliqué de la pointe de son soulier, puis, me dévisageant brusquement :
– Je sais beaucoup de choses de vous.
Je fis celle qui n’avait pas entendu.
-Vous êtes très belle, ajouta-t-il.
Je rougis.
– Je suis pressée, au revoir, dis-je avec froideur.
Et je le laissai là.
Vers le crépuscule, lorsque j’arrivai au foyer avec ma valise, le jeune homme m’attendait devant le portail. Constatant mon irritation, il s’empressa d’expliquer :
– Ne croyez pas que je cherche à vous importuner. Mais vous êtes seule et les gens sont souvent méchants. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi. Voici mon adresse.

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Il me tendit une enveloppe que j’empochai sans la lire. *out de même, j’étais intriguée de le trouver là juste au Moment où j’arrivais.
– Dites-moi, seriez-vous sorcier? Comment saviez-vous que j’arriverais à cette heure-ci?
– Justement, je ne savais pas à quelle heure vous rentre¬rez, alors j’ai attendu.
– Et depuis quand attendez-vous, si ce n’est pas indis¬cret? ironisai-je.
– Depuis que vous m’avez quitté, au début de l’après- midi.
– Tout ce temps-là ? Mais vous êtes fou !
Il sourit :
– Peut-être. Mais vous savez, j’ai toujours un livre sur moi. Je lis et je ne vois pas le temps passer.
Il me montra celui qu’il tenait à la main, un livre de poche.
– La Nausée de Sartre. L’avez-vous lue?
-Ah non! m’écriai-je d’un ton désapprobateur. Au couvent on nous le déconseille fortement.
– Et que lisiez-vous alors ?
– D’autres choses, répliquai-je, évasive.
– Mais encore?

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